Le bébé obèse au salon littéraire
Vert, jaune, rouge. Quand j’étais au lycée, avec l’approbation de ma mère qui me laissait exister comme je l’entendais à condition de ne blesser personne, j’avais repeint à la bombe les marches extérieures du castor landais familial. Ces trois couleurs primaires trahissaient ma résolution aveuglée de prêtre intégriste : prêcher la bonne parole de Bob Marley, mon père adoptif qui partageait alors le piédestal de ma chambre d’ado avec Francis Cabrel et Pete Doherty. Quand on n’a pas de daron, pourquoi se contenter du minimum prescrit.
Je suis entourée d’une famille qui croit en mes lubies et qui nourrit mon rêve de devenir écrivaine comme on farcit un bébé obèse; avec générosité, sans contrainte ni rébellion hormis celle imposée par la pudeur de mes ambitions. “Je suis objective. Un jour, tu verras“ me répète ma mère pour briser les genoux à ma vieille lucidité. Je ne souffre d’aucun manque d’amour ni d’encouragements. Un sentiment de fierté trempe leurs cernes à chaque fois que je signe un article de presse ou que j’enfile une robe. Dans les deux cas, l’émotion de ma mère et de ma grand-mère est intacte, bruyante et réelle. Si je leur confiais que je souhaitais désormais réaliser de larges peintures à partir de mon propre mucus, elles deviendraient en un reniflement des fétichistes enthousiastes, collectionneuses, prêtes à défendre un projet curieusement original et drôlement créatif. J’ai beaucoup de chance.
En mars 2020, j’avais récupéré une planche en bois brut gondolée que j’avais installée sur deux tréteaux fébriles derrière la baie vitrée. C’est là que j’avais commencé à écrire ce qui allait devenir les Chroniques du Royaume, entre des godets de semis de courgettes et des plants de tomates flottant dans des cageots humides (voir photo 2). Alors je suis comblée de porter ce projet jusqu’au bout, de le voir continuer sa route presque deux ans après. Je suis heureuse, pour elles surtout.
Samedi 17 septembre, le stand de la @librairie.caracteres m’accueillera pour dédicacer quelques livres à l’occasion du salon Mont2Livres. Une aubaine pour se revoir ou vous rencontrer. Amenez des courgettes et des cageots pour que je me sente comme à la maison.