En un claquement de doigts
Cloc ! En un claquement de doigts, nous disparaissons. Un ultime tour de magie a englouti l’espèce humaine faisant de nous des êtres aussi réels que des mirages de flaques d’autoroute.
Pouce-majeur. Cloc ! Imaginons. Imaginons l’absence, l’absence capable de soigner.
Depuis que les oiseaux migrateurs n’ont plus peur de faire halte, des empreintes palmées dentellent le rivage. Sur la berge se dessine la broderie des nouveaux habitants.
Au large, plus aucun chalutier derrière lequel se regrouper. Les festins se jouent ailleurs, dans les marais et sous les châtaigniers. Là-bas, les prairies grouillent car les mains ne cueillent plus.
Les anciens ports accueillent des cimetières de coquillages où aucun corps ne vient se recueillir. Ici, les tombeaux ne portent pas de marbre mais se logent dans des bateaux enlisés. Les seules créatures que l’on voit s’agenouiller sont les chevaux qui trébuchent dans les prés. Ils s’élancent au galop et s’épuisent au nom de la liberté, transportant dans leur crinière des restes d’humanité.
Nous avions pris l’habitude de valser en danseuses encapuchonnées dans des creux d’eau salée. Aujourd’hui, seuls les goélands s’engouffrent dans ces jupons de coton. Leur courbe est si ample et si légère qu’elle se confond parfois en meringue ; le chiffon blanc des bienheureux, la gourmandise des rescapés.
Au-dessus des falaises, quelques faucons retracent les anneaux de Saturne comme pour demander le ciel en fiançailles. Et chaque jour, le divin plafond s’y refuse car l’union fait la force mais l’alliance la défait. On ne marie pas les êtres qui sont voués à vivre ensemble, on les contemple exister. C’est le cas de la dune et des herbes sèches, c’est aussi l’histoire des vagues et des rochers. L’aigrette envoûte les étangs, les lézards les genêts. L’océan, quant à lui, ensorcelle les âmes des naufragés.
Cloc ! Nous avons imaginé, imaginé l’absence capable de soigner une planète en hématomes. Plus que jamais, je panse donc je suis.
Photos argentiques (©Elisa Routa)
Extrait du texte de présentation de l’exposition photographique de @matlodin lors du @surfskateculturefestival organisé à L’Estran à Guidel, publié dans le numéro de @surfersjournal numéro 148.