Là-bas, le brouillard épais s’enfile aux cols des montagnes comme des bijoux fantaisie aux doigts boudinés des faux fiancés. Au nom de la brume en mai.
Là-bas, on déroule nos godasses crottées sur la moquette d’un restau étoilé puis on grignote sans faim un doggy bag de pâté en croûte sur un couvre-lit poussiéreux aussi rigide qu’une tapisserie de château oublié.
Là-bas dans les virages cernés de poteaux en bois, les ronflements des moteurs font passer les tracteurs pour leurs propres fantômes. C’est un lieu où tout peut arriver mais avec la lenteur des choses qu’on voit venir de loin.
Là-bas, la vie s’étire en un élastique de cours de récré, sans le fluo qui fait valser les yeux mais à travers des couleurs mélangées sur la palette harmonieuse d’un peintre déprimé. Au nom de la boue et de la brume en mai.
Depuis là-bas, je fais sans le vouloir ces insupportables rimes en -é. Et au nom de la boue, de la brume et du blues du mois de mai, je finis par toutes les détester.